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« Vous êtes une personnalité remarquable et engagée », déclare Jean-Marie Caillaud, préfet de l’Oise, en remettant, le 9 juillet, les insignes de chevalier de l’ordre national du Mérite à Fatiha Bouzekri, 71 ans, présidente de l’association Destin de femmes, créée en 2005 à St-Jean. « Cette médaille, dira-t-elle, représente surtout les milliers de regards, de larmes , de silences et d’espoirs ».
Ceux qui connaissent l’activisme de F. Bouzekri, ancienne ATSEM, ne sont aucunement surpris par cette décoration. Elle couronne, en effet, 21 ans d’engagement et de combat en faveur des femmes. Une pléthore d’actions et une détermination qu’on ne peut comprendre qu’à travers son histoire personnelle. Une vie marquée, entre autres, par « l’injustice, la privation, la souffrance, l’indifférence, la peur de parler et de ne pas être entendue » À maintes reprises on l’a entendu dire : « je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu », tout en racontant avec pudeur et parfois des larmes les violences qu’elle a subie en privé et l’absence de soutien de la société. Et c’est cette douloureuse expérience qui l’a poussée à créer son association, lui sert de fil conducteur et lui donne de l’énergie pour soutenir celles qui sont dans la détresse. Et aussi leur ouvrir les portes qui étaient closes lorsqu’elle sollicitait désespérément de l’aide. Son dynamisme et sa pugnacité ont débloqué maintes situations. Et on a en mémoire ce jour où elle a piqué une colère noire car, suite à une énième violence conjugale, une maman et ses trois enfants s’étaient retrouvés au parc Berlioz alors que le mari jouissait du domicile du couple. Ni une ni deux elle rameute d’autres mamans du quartier et tout le monde se retrouve au commissariat de police pour réclamer justice et un toit pour cette famille à la rue. Et à force d’insister, elle avait obtenu gain de cause, les services compétents s’étant mobilisés pour offrir à cette famille un hébergement provisoire et plus tard un logement pérenne.

Pour Fatiha Bouzekri, l’émancipation des femmes passe aussi par les découvertes et l’ouverture à diverses expériences au-delà de sa culture d’origine pour casser les codes et tordre le cou aux stéréotypes. Et c’est pourquoi elle a organisé de nombreux ateliers comme celui sur la poterie et qui a permis d’immortaliser en céramique la tour H. L’oeuvre est toujours visible sur l’un des murs du centre social St-Jean. Il y a aussi la peinture avec la réalisation du Jardin imaginaire, une fresque qui a été notamment exposée au palais de Tokyo à Paris. Sans oublier la littérature avec le récit des parcours de femmes immigrées qui a abouti à l’écriture avec l’aide de Roger Wallet, écrivain beauvaisien, du livre « Portraits d’exil ». Et que dire des voyages en groupe? Ceux-ci ont mené de nombreuses femmes de St-Jean au Maroc, en Turquie, à Marseille…Ces séjours ont permis à certaines, écrasées par le poids des responsabilités familiales, à partir seules, sans mari ni enfants, à penser un peu à elles, à se relaxer et profiter des petits plaisirs de la vie. L’inscription à une salle de sport, à une école de conduite, pratique du self-défense, lâcher de ballons contre l’harcèlement scolaire, débat sur les violences faites aux femmes avec des lycéens et des lycéennes, son rayon d’actions est immense. Et on peut y ajouter la prise en charge de sollicitations de toutes sortes: demandes de logement, d’emploi, de stage ou de formation. Son entregent et son réseau dense tissé au fil des années lui permet de les satisfaire. Mais elle se concentre plus que jamais sur l’accompagnement et l’aide aux femmes victimes de violences. « Chaque femme que nous n’arrivons pas à protéger, déclare-t-elle, est une responsabilité collective. »
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